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Publié par Guy Muller

À ce jour, le musée Marmottan Monet possède la plus importante collection d'œuvres et d'objets ayant appartenus ou ayant été réalisés par Claude Monet. L'institution abrite de très nombreux tableaux, sculptures, enluminures, vitraux et photographies, dont des œuvres de Berthe Morisot, Jean Fouquet, Eugène Boudin, Paul Gauguin, Giovanni Benzoni, Édouard Manet, François Xavier Fabre, Gustave Caillebotte, Jean-Baptiste Camille Corot, Marc Chagall...  Monet entame, le premier, le processus irréversible qui conduit à l'art moderne. C'est la vision de l'artiste et non l'objet de cette vision qui importe, c'est la façon de peindre et non plus la chose peinte. On comprend la réaction du jeune Wassily Kandinsky voyant pour la première fois une toile de Monet : « La peinture m'apparut tout à coup douée d'une puissance fabuleuse. »

Claude Monet naît à Paris le 14 novembre 1840. Il passe sa jeunesse et son enfance au Havre, où ses parents tiennent une épicerie. Il manifeste très tôt de grands dons pour le dessin, en particulier pour la caricature. C'est Eugène Boudin qui encourage le jeune homme à peindre et l'emmène « sur le motif », en plein air (« Ce fut tout à coup comme un voile qui se déchire. J'avais saisi ce que pouvait être la peinture »), puis qui l'engage à aller étudier à Paris où Monet part en 1859. Il demande conseil à Constant Troyon, mais travaille surtout à l'Académie suisse, où il rencontre Camille Pissarro. Après un intermède de près de deux ans, au cours duquel il fait son service militaire en Algérie, il s'inscrit en 1862 dans l'atelier du peintre académique Charles Gleyre afin de préparer l'École des beaux-arts. Il y rencontre Auguste Renoir, Alfred Sisley, et Frédéric Bazille avec qui il va bientôt partager un atelier. C'est à cette époque – ainsi qu'il en va de ses amis – que commence sa véritable vie de peintre

Comme Boudin l'avait fait pour lui, Monet convainc ses camarades d'aller peindre en plein air, dans la forêt de Fontainebleau. L'été 1865, il réalise une ambitieuse composition dont les fragments sont aujourd'hui au musée d'Orsay, à Paris, un Déjeuner sur l'herbe, reprenant, sous une forme plus réaliste et contemporaine, le thème d’Édouard Manet. Sous les arbres, des personnages grandeur nature – posés par Bazille et Camille, la compagne de Monet – sont traités à touches larges de couleurs hardies, dans un style fruste et spontané, radicalement opposé au « léché » académique. Jusque vers 1866, plusieurs influences se combinent chez Monet : celle de Camille Corot, par exemple, dans Le Pavé de Chailly (1865, musée de Copenhague) ; celles de Courbet et de Manet, avec Camille Monet au petit chien (1866, coll. Buhrle, Zurich), ainsi que celles de Boudin et de Johan Barthold Jongkind dans La Jetée de Honfleur (1864). Mais, à vingt-six ans, il peint quelques-uns de ses premiers chefs-d'œuvre, comme La Terrasse au bord de la mer près du Havre.

Chez Monet, l'instantané n'est jamais, comme chez Edgar Degas, celui d'un mouvement, ou, comme chez Renoir, celui d'un moment de plaisir, mais un pur instantané atmosphérique, même dans ses paysages urbains. Ses célèbres vues de La Gare Saint-Lazare (musée d'Orsay, Paris) ou du Pont de l'Europe (1877, musée Marmottan) avec la lumière tombant des grandes verrières sur les vapeurs des locomotives sont des visions aussi justes que poétiques de la vie contemporaine.

Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot

Les Séries

C'est peut-être en peignant plusieurs versions de La Gare Saint-Lazare que Monet eut l'idée d'exécuter des séries, de reprendre systématiquement le même motif sous des éclairages divers. Autour des années 1880, on assiste à une sorte de dispersion des impressionnistes, et l'exposition de 1886 sera la dernière du groupe. À partir de 1881, Monet expose seul et suit dans sa peinture une voie de plus en plus personnelle. En 1878, il s'est installé à Vétheuil, puis, en 1883, à Giverny qu'il ne quittera presque plus jusqu'à sa mort, quelque quarante ans plus tard. Sous cette apparente modestie d'intention et de sujets. Après Les Meules, ce seront, en 1893-1894, les Cathédrale de Rouen (musée d'Orsay, Paris), puis, jusqu'à sa mort, LesNymphéas de son jardin –, les ambitions de Monet sont grandes. Ce n'est plus, comme à l'époque précédente, un paysage-spectacle, mais un secteur restreint de ce paysage, scruté dans sa vérité matérielle, avec une technique dédaignant de plus en plus les volumes et les valeurs pour ne s'intéresser qu'aux effets tactiles et lumineux. La pâte s'épaissit, les formes se dissolvent en une effusion de matière et de couleur qui veut signifier plus qu'une apparence : un « instant de la conscience du monde ». 

 

Berthe Morisot

Berthe Morisot naît le 14 janvier 1841 à Bourges, dans une famille aisée de la bourgeoisie française. Son père, Édouard Morisot, est haut fonctionnaire, et sa mère, Marie-Joséphine Cornélie Thomas, est issue d’une famille d’artistes : son grand-oncle n’est autre que Jean-Honoré Fragonard, peintre rococo célèbre. Cette ascendance artistique influence probablement son goût pour la peinture. Dès son plus jeune âge, Berthe montre un talent pour le dessin. Avec sa sœur Edma Morisot (qui sera aussi peintre, bien que moins connue), elle reçoit une éducation artistique classique, d’abord auprès de Geoffroy-Alphonse Chocarne, puis de Joseph Guichard, un élève d’Ingres. En 1858, les deux sœurs commencent à copier des œuvres au musée du Louvre, une pratique courante pour les artistes de l’époque.

Rencontre avec l’impressionnisme (1860–1874)

En 1860, Berthe Morisot rencontre Édouard Manet grâce à son frère, Eugène Manet, qu’elle épousera plus tard. Manet, alors figure controversée du réalisme, devient son mentor et l’introduit dans les cercles artistiques parisiens. Leur relation, à la fois professionnelle et personnelle, marque profondément son travail : Manet influence son style, notamment par son usage de la lumière et des touches rapides.

En 1864, Berthe Morisot expose pour la première fois au Salon de Paris, avec deux paysages. Elle y participera régulièrement jusqu’en 1873, mais son style, jugé trop moderne, est souvent critiqué. En 1868, elle rencontre Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir et Alfred Sisley, qui forment le noyau du mouvement impressionniste. En 1874, elle participe à la première exposition des impressionnistes, organisée en réaction au Salon officiel. Bien que moins médiatisée que ses collègues masculins, elle y présente plusieurs œuvres, dont La Cradle (1872), un portrait de sa sœur Edma et de sa nièce.

Mariage et vie familiale (1874–1890)

Le 22 décembre 1874, Berthe Morisot épouse Eugène Manet, frère d’Édouard Manet. Le couple s’installe à Paris et a une fille, Julie Manet, née en 1878, qui deviendra plus tard la muse et la gardienne de son héritage artistique. Malgré son mariage, Berthe continue à peindre activement, bien que sa vie familiale limite ses déplacements.

Elle reste une figure centrale du groupe impressionniste, participant à toutes leurs expositions (sauf celle de 1882, pour des raisons personnelles). Son style évolue vers des compositions plus intimes, souvent centrées sur des scènes domestiques, des portraits de femmes et d’enfants, ou des paysages. Contrairement à d’autres impressionnistes, elle évite les sujets urbains ou modernes pour se concentrer sur des thèmes plus personnels, comme la maternité ou les loisirs bourgeois.

Reconnaissance et fin de vie (1890–1895)

À partir des années 1880, Berthe Morisot commence à être reconnue par la critique. En 1892, elle organise une exposition personnelle à la galerie Boussod et Valadon, où elle présente 71 œuvres. Cette rétrospective marque un tournant dans sa carrière, lui valant des éloges pour sa maîtrise de la couleur et de la lumière.

Elle meurt prématurément le 2 mars 1895 à Paris, des suites d’une pneumonie, à l’âge de 54 ans. Son dernier tableau, Jeune Fille aux cheveux blancs, reste inachevé.

Héritage et postérité

Berthe Morisot est aujourd’hui considérée comme l’une des premières femmes peintres à avoir réussi professionnellement dans un milieu artistique dominé par les hommes. Son œuvre, souvent centrée sur des thèmes féminins (maternité, intériorité, loisirs), offre un regard unique sur la société bourgeoise du XIXe siècle.

Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
Musée Marmottan Monet - Claude Monet-Berthe Morisot
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