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Publié par Muller

Une exposition de 1813 a été reconstituée pour restituer l’univers de Jane Austen. Une universitaire du Texas, Janine Barchas,  a eu l’idée de refaire entièrement une exposition telle qu'elle était présentée  en mai 1813, cette année. Cette expérience virtuelle a exigé un effort intense pour retrouver et positionner les œuvres de Joshua Reynolds, artiste spécialisé dans le traitement des portraits. Il est à l’origine de la création de la Royal Academy.
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La reconstitution de la Galerie
C’est en s’aidant du catalogue de l’exposition que la situation des tableaux sur les cimaises a pu être reconstruite. Ce catalogue répartit chaque tableau dans les salles d’exposition. D’autres tableaux ultérieurs décrivent la galerie et montrent comment l’accrochage était effectué à l’époque. Les dimensions des tableaux étant connues, un immense puzzle a permis de retrouver 141 tableaux sur les 170 de l’exposition d’origine, pour les placer exactement sur les murs de la Galerie. Aujourd'hui, les peintures qui ont participé à cette exposition sont dispersées à travers le monde, et le bâtiment d'origine dans Pall Mall qui abritait autrefois la British Institution est  méconnaissable. La réalité virtuelle, ainsi créée, replace l’ensemble de la collection présentée au public en 1813 dans son jus unique. Il est désormais possible de revoir tableaux et musée dans une configuration désormais détruite.
Parmi les toiles de la galerie rétrospective, les nombreux portraits de célébrités de politiciens du 18e siècle, d’acteurs, d’auteurs et d’aristocrates offrent des exemples concrets de l’univers connu par Jane Austen. Comment quelqu'un comme Jane Austen, qui ne circule pas personnellement parmi l'élite sociale, a néanmoins été plongée dans la vie de la société ? L’exposition donnait à voir ce que Gala donne à voir aujourd’hui au peuple. N’oublions pas que Joshua Reynolds était devenu pair d’Angleterre. Il avait à son actif deux grands portraits du roi et de la reine, portraits placés dans la salle d’entrée de l’exposition. Joshua Reynolds est un contemporain de Thomas Gainsborough, autre très grand spécialiste de l’art du portrait.
Avant l’ère de la photographie, les portraits des gens riches étaient reproduits, par la suite, par des graveurs. Ces portraits constituaient une véritable mise en scène de personnes toujours embellies. Ils ornaient les pages des journaux mais aussi les pages de livres. Jane Austen a certainement utilisé des œuvres de Reynolds pour enrichir et aérer ses romans.
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Ces deux tableaux postérieurs à l’exposition Reynolds contiennent des informations sur la salle d’exposition du premier étage. Ils montrent le foisonnement des toiles accrochées au contraire des expositions actuelles.

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Les deux Waldegrave - Musée de Chantilly

De Sir Reynolds à Jane Austen

Jane Austen est considérée comme la plus grande auteure de langue anglaise. Ses œuvres ont atteint une notoriété mondiale, attestée par de nombreuses mises en scènes filmées, des tirages énormes pour l’ensemble de ses livres. Raison et sentiment, Northanger Abbey, Emma, Orgueil et préjugés, Persuasion, forment un ensemble décrivant une bonne société sous un angle ironique. Jane a d’ailleurs donné d’excellents conseils à ses héroïnes afin qu’elles trouvent le mari idéal. Ce mari là est surtout celui issu d’une caste de riches propriétaires ou d’aristocrates. Aussi certains ont-ils méprisé  une littérature proche de celle d’Harlequin. C’est si vrai que plusieurs romans ont donné lieu à la confection de miniséries favorisées par le label  qualité de la BBC avec des d’actrices remarquables.

Si l’on se rapproche de l’époque, la circulation entre les villes était lente et les relations entre les gens restreintes. On connaissait les habitants résidants à quelques lieues de sa résidence. Tous au plus une dizaine de personnes. Pour vivre la vraie vie, il fallait résider à Londres, d’où l’intérêt de cultiver des amitiés, des relations, pour permettre des rencontres entre les jeunes. D’où un investissement important des mères dans l’occupation de l’espace public : cafés, restaurants, bals, concerts, expositions, circulations interminables dans les parcs et jardins. Ainsi que dans la préparation des rencontres, aidées par la lecture de la presse qui annonçait telle ou telle présence d’un mari potentiel.

 

Jane sait conter une histoire car elle en est la principale intrigante. Ses conseils sont très autobiographiques et souvent marqués par l’erreur. Ce sont ces erreurs qui donnent continuité et suspense à ces histoires qui ne concernaient pas plus d’un pour cent de la population. Jane Austen n’a jamais été mariée en dépit des conseils avisés qu’elle dispensait à ses sœurs. Nous devons lui en être reconnaissants pour la liberté ainsi acquise de parler d’une condition féminine inexistante. Son célibat offre l’opportunité d’admirer ou de plaindre nombre de visages gravés pour l’éternité dans une très belle langue. Car le nombre de chaires consacrées à Jane n’a cessé d’augmenter en fonction inverse de la destruction complète des conditions de vie de l’époque. Joshua Reynolds a lui aussi gravé les personnages de l’époque comme le font les grands photographes actuels.

En unissant ces deux personnages d’il y a deux siècles, la galerie virtuelle suivante, mérite votre visite : link

Guy Muller

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