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Publié par Guy Muller

Aussi célèbre en Hongrie qu’il est méconnu en France, Károly Ferenczy (1862-1917) est une figure majeure de la modernité en Europe centrale. Son œuvre profondément singulier l’impose comme l’un des grands peintres du tournant des XIXe et XXe siècles.

Par cette première rétrospective française, le Petit Palais entend mettre en lumière son originalité fondamentale. Ni naturaliste, ni symboliste, ni impressionniste, ni nabi, mais un peu tout cela à la fois, il incarne le cosmopolitisme de la fin-de-siècle dans toute l’étendue de sa culture. Membre fondateur d’une colonie d’artistes installée au cœur de la nature hongroise, Ferenczy fait de la peinture de plein air l’une de ses pratiques les plus emblématiques. Il cherche dans la nature l’expression d’une spiritualité syncrétique. Sous son pinceau, le soleil apparaît souvent comme un protagoniste central dans des paysages d’une lumière sans équivalent.

Avec près de 140 œuvres, le parcours met en évidence les multiples facettes de la démarche de l’artiste − paysages, portraits, scènes familiales, sujets bibliques, nus et caricatures − et révèle le rôle fondamental de Károly Ferenczy dans l’émergence d’une école artistique proprement moderne en Hongrie. L’exposition a été conçue en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise.

A rebours du naturalisme ou des notes de symbolisme qui teintent sa première période, Károly Ferenczy évolue vers un chromatisme puissant et une touche simplifiée qui atteignent leur aboutissement dans son travail de plein-air à Nagybánya. Ce pan de sa carrière est appelé période « plein soleil ». Les tableaux que réalise alors l’artiste réservent un rôle clef à la lumière solaire. La meilleure manière de représenter l’effet du soleil sur un paysage devient la problématique centrale de son art, qui se concentre sur des sujets d’extérieurs tels des baigneurs, des paysages purs ou des loisirs de plein-air. Il expérimente beaucoup à cette fin, alternant les formats de ses toiles pour retenir des proportions de support qui lui semblent idéales et pratiquant tant la peinture à l’huile que la tempera pour envisager différents effets de matière. C’est en déclinant cette question de la lumière solaire que Ferenczy réalise certains de ses principaux chefs-d’œuvre, tels Au sommet de la colline (1901) et La Peintre (1903).


 

Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais

Le rapport au Sacré

Présente dans l’œuvre de Ferenczy dès sa période munichoise, l’iconographie sacrée prend de l’importance après son installation à Nagybánya. Selon les témoignages de ses contemporains, Ferenczy n’était pas croyant. Son intérêt pour les sujets bibliques s’explique sans doute par son approche singulière de l’art, située à la jonction du naturalisme et du symbolisme. Le soleil ou le paysage se voient investis de connotations sacrées par les récits qu’ils accompagnent et la synthèse de ces différents registres n’est pas sans évoquer une conception panthéiste de la nature qui est largement répandue en Europe centrale à la fin-de-siècle. Le sacré serait ainsi partout dans la nature et il ne serait pas plus étonnant de voir les rois mages cheminer dans les forêts de Nagybánya que d’y assister au sermon de Jésus sur le flanc d’un vallon. L’intensité des drames humains qui se jouent dans la Bible semble avoir particulièrement intéressé Ferenczy. Dans plusieurs œuvres, il traite des relations familiales, le plus souvent des relations père-fils ou de la complexité des liens fraternels. 

 

Œuvres commentées

Károly Ferenczy, Le Sermon sur la montagne I, 1896. Huile sur toile, 135 x 201 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Oscillant entre les registres sacré et profane, ce tableau est un véritable manifeste des principes artistiques de la colonie de Nagybánya. Ferenczy transpose un épisode de la vie du Christ dans le paysage de Nagybánya et dépeintdes membres de sa famille ou des artistes parmi l’assistance, signe du fort sentiment communautaire qui unit la colonie et de sa proximité avec la nature. De l’armure médiévale aux vêtements contemporains, les modes de toutes époques sont convoquées pour suggérer un moment hors du temps. Au-dessus de la tête de Jésus, une auréole dorée est à peine visible.

Károly Ferenczy, Jeunes garçons jetant des cailloux, 1890. Huile sur toile, 119.5 × 149 cm. Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Par l’épure de sa composition et la sobriété d’une palette presque entièrement grise, cette toile est l’une des œuvres les plus radicales de la période naturaliste de Ferenczy. Le caractère figé et la subtile mélancolie de la scène sont accentués par l’inexpressivité des visages, dont le regard se perd au loin. Une photographie montre qu’à une date inconnue, probablement insatisfait du résultat, Ferenczy avait repeint et dissimulé le garçon ramassant un caillou. Il a toutefois été redégagé par des restaurateurs depuis, rééquilibrant le coin inférieur gauche du tableau.


 

Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais

La dernière salle : magistrale !

Exposition « We are [still] here » au Petit Palais à Paris

Mais c’est en fin de parcours, dans la grande salle Concorde, que l’accrochage aux 130 œuvres à touche-touche est des plus spectaculaires. L’esprit des salons indépendants du XIXe siècle rayonne avec une effronterie farouche. Des pointures du street art, tels Vhils, Shepard Fairey ou Nasty, y côtoient des talents comme Jana & JS et leurs assemblages mémoriels. Codex Urbanus convoque le fantôme de Kilroy, un petit personnage griffonné par les soldats américains pendant le débarquement de Normandie, « première forme de street art peut-être », avance-t-il. « C’est un clin d’œil à la longue histoire du mouvement. On est toujours là, dans la rue… Et maintenant aussi au musée ! »


 

Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
Karoly Ferenczy au Petit Palais
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